Le coquillage de Fatou

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Conte malawite ou mozambicain. 


Fatou se promène avec ses amies Fadira et Nima. Elles sont à la recherche de coquillages au bord de la mer. Fatou en a trouvé un très beau, rose et nacré. Pour ne pas le perdre, elle le pose sur un rocher et continue de gambader. Mais la nuit tombe et surprend les fillettes.
Vite, elles prennent le chemin du retour.
En arrivant au village, Fatou s’écrie :
– Mon beau coquillage ! Je l’ai oublié !
– Ne t’inquiète pas, lui dit Nima, tu le récupéreras demain. Nous reviendrons le chercher.
– Oh, s’il vous plaît, supplie Fatou, allons-y tout de suite ! Les vagues ou un coup de vent pourraient l’emporter, et je n’en retrouverai jamais d’aussi joli !
Mais Fadira et Nima ne veulent rien entendre. Il est trop tard, il fait trop noir… « Tant pis, se dit Fatou, j’irai toute seule ! »
Et dès que ses amies ont tourné les talons, la petite fille repart vers la plage. Sur le chemin, elle chantonne pour se donner du courage :
Mon coquillage, rose et nacré, Sur le rivage, je t’ai laissé.
Vite, je viens te retrouver…

Bientôt, elle arrive près du rocher où est posé son coquillage. Il brille dans la nuit. « Comme il est beau ! » se dit Fatou. Elle le ramasse et se met à chanter :
Mon coquillage, rose et nacré. Voilà, je t’ai retrouvé !
Soudain, elle entend une voix : « Bonjour petite demoiselle ! » Fatou sursaute.
Un ogre immense à la chevelure énorme surgit de derrière les palmiers :
– Comme tu chantes bien… Voudrais-tu chanter pour moi ? demande l’ogre.
Hélas, sans attendre la réponse de Fatou, il l’attrape et hop ! il l’enferme dans un tonneau. L’ogre perce des trous sur le couvercle pour que la fillette puisse respirer, puis il pose le tonneau sur sa tête.
– Et maintenant, tu vas chanter, ordonne-t-il à la pauvre petite.
Fatou est si effrayée qu’aucun son ne sort de sa gorge. Alors l’ogre secoue le tonneau en hurlant :
– Chante donc ou je te secoue encore plus fort !
Fatou a si mal au cœur qu’elle se met à chanter pour calmer l’ogre. Tout content, celui-ci marche droit devant. Il marche, marche… Et Fatou chante, chante… jusqu’à ce qu’elle s’endorme, épuisée.
À son réveil, elle entend des bruits de voix. Elle comprend alors qu’elle est dans un village, sous l’arbre à palabres, là où les villageois se réunissent pour échanger des nouvelles.
Une fois assis, l’ogre déclare :
– Écoutez-moi tous. J’ai ici un tonneau magique. Si vous me préparez un festin, je le ferai chanter pour vous.
Curieux, les gens du village apportent à l’ogre de belles mangues bien juteuses, des noix de coco, des bananes, et bien d’autres mets plus appétissants les uns que les autres. L’ogre tape alors sur le tonneau en disant :
– Chante tonneau, chante, je te l’ordonne !
Aussitôt, Fatou se met à chanter et les villageois sont émerveillés. Quant à l’ogre, il dévore à pleines dents son repas. Et il en est ainsi chaque jour, de village en village : Fatou chante et l’ogre se régale sans rien donner à sa prisonnière.

Un beau jour, l’ogre arrive dans un village pas comme les autres.
C’est le village de Fatou, mais ça, l’affreux géant ne le sait pas !
Quand la petite se met à chanter, ses parents la reconnaissent immédiatement. Cette voix qui sort du tonneau, c’est celle de leur fille ! Leur cœur se met à battre très fort. Aussi, dès que le chant s’arrête, le père de Fatou dit à l’ogre :
– Nous avons entendu ton tonneau magique, grand ogre. C’est si beau !
Peux-tu le faire chanter encore, et nous te donnerons de la bière de banane.
De la bière de banane ! l’ogre en a l’eau à la bouche… Boum ! il tape fort sur le tonneau et Fatou se remet à chanter. Les parents de la fillette apportent donc la bière promise, que l’ogre avale d’un trait.
Et bientôt, il a tant bu qu’il s’endort. Vite, vite, les parents de Fatou se jettent sur le tonneau, l’ouvrent, et libèrent leur fille adorée. Comme elle a maigri !
– Va te cacher dans la maison, ma chérie, dit la maman de Fatou.
Puis, son papa prend le tonneau et, en faisant bien attention, il y fait entrer un serpent, un essaim d’abeilles, des fourmis qui mordillent, et il le referme.
Après un long repos, l’ogre se réveille. Les parents de Fatou lui disent :
– Nous aimerions entendre encore le chant de ton tonneau, s’il te plaît, ogre.
Comme il a bien dormi, l’ogre sourit et dit :
– Bien sûr, braves gens. Chante tonneau, chante, je te l’ordonne !
Et il tape, tape, tape… mais aucune voix ne sort du tonneau.
L’ogre recommence : boum, boum, boum… toujours rien !
Furieux, il ouvre le tonneau et aussitôt : « Tssssss ! bzzzzz ! scritch ! »
Le serpent surgit et le mord, les abeilles le piquent, les fourmis le mordillent. Vexé et boursouflé, l’ogre s’enfuit à toutes jambes… et disparaît à jamais !
Au village, on fait la fête pour Fatou. Assise entre Fadira et Nima, la petite dit à ses amies :
– Regardez, je l’ai retrouvé…
– Quoi donc ? demandent les deux fillettes.
– Mon beau coquillage ! répond Fatou.
Et elle leur montre son précieux coquillage, rose et nacré. Puis, avec un lien de cuir que lui a donné son papa, Fatou se fabrique le plus joli des colliers.

Adaptation : Marie Aubinais
Illustration : Elise Mansot
Réalisation : Nicolas Blondel
Production audio : Les Disques Pavillon