Le loup et le mouton jardinier

Chargement du lecteur...

Variante animalière de la légende de Saint-Martin. 


Un jour, un jeune loup rencontre un petit mouton. Ils décident de faire un bout de chemin ensemble.
Tout en marchant au milieu des champs, il leur vient une idée : « Nous pourrions nous associer et travailler tous les deux ! »
Ils trouvent alors des terres à cultiver et ils y sèment du blé. Quand le blé est bien doré, le loup dit au mouton :
– Il faut maintenant partager la récolte puisque nous avons travaillé la terre ensemble.
Le mouton pense la même chose.
Le loup lui demande :
– Qu’est-ce que tu préfères ?
Ce qu’il y a sous la terre ou ce qui est sur la terre ?
Le mouton répond :
– Moi, je veux ce qu’il y a sur la terre.
Le loup accepte et dit :
– D’accord ! Moi je prendrai ce qu’il y a sous la terre.
« Comme il est bête, ce loup ! » pense le mouton. Et vite fait, bien fait, il coupe tous les beaux épis de blé. Le loup, lui, n’a plus que les racines !
Il comprend alors que le mouton l’a trompé et il grogne dans son coin :
– Corneguidouille et jarnibleu !
Pour la prochaine récolte, ça ne se passera pas comme ça !

Quelque temps plus tard, le mouton et le loup décident de travailler dans un autre champ, et d’y faire pousser des pommes de terre.
Quand le moment de la récolte arrive, le mouton demande au loup :
– À toi de choisir, Loup. Qu’est-ce que tu préfères ? Ce qui est sur la terre ou ce qui est sous la terre ?
Le loup lui répond, avec un sourire en coin :
– Cher ami, cette fois-ci, vois-tu, je prends ce qui est dessus.
Et ils ramassent les pommes de terre. Le loup, bien sûr, coupe les tiges qui sont dessus, tandis que le mouton prend les pommes de terre qui sont au-dessous ! À ce moment-là, le loup comprend que le mouton s’est encore moqué de lui. Il se met en colère :
– Ventre saint-gris et scrogneugneu ! Ce satané mouton ne me trompera pas une troisième fois !

Quelques jours plus tard, le loup et le mouton retournent travailler aux champs. Ils veulent faire pousser de l’avoine. D’abord, ils sèment.
Puis, quand le temps de la récolte arrive, le loup dit au mouton :
– Cette fois, tu ne m’auras pas !
Tu prendras la paille et moi le grain !
Alors ils se disputent, et, pour finir, le mouton déclare :
– Puisque c’est comme ça, j’irai chercher ma défense, toi la tienne, et nous allons faire la guerre. Celui qui gagnera aura toute la récolte.
Aussitôt, le loup va chercher ses copains chiens, et le mouton va chercher ses amies, les abeilles. Tout le monde se rassemble sur le champ de bataille.
Le loup crie aux chiens :
– À l’attaque ! Sautez sur le mouton !
Le mouton dit aux abeilles :
– À l’assaut ! Toutes sur le loup et les chiens !
Les abeilles se lancent sur leurs ennemis ; elles les piquent dans le nez, sur les yeux, les oreilles… partout, partout !
Les abeilles piquent tant et tant que les chiens s’enfuient en abandonnant le loup. C’est le mouton malin qui remporte la victoire et gagne la récolte.
Le loup, tout gonflé de piqûres, boitillant et le cerveau un peu dérangé, se retire au fond des bois en marmonnant :
– Sacrebleu, jamais plus je ne reviendrai par ici !
Et, tout en s’éloignant clopin-clopant, il marmonne :
– Dorénavant, je jardinerai tout seul ! Et gare aux moutons qui s’approcheront de trop près !

Adaptation : Marie Aubinais
Illustration : Myriam Deru
Réalisation : Nicolas Blondel
Production audio : Les Disques Pavillon