Riquet à la houppe

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Conte français. 


Un jour, une reine mit au monde un petit garçon fort laid. Le pauvret avait une vilaine bosse dans le dos et une drôle de houppe de cheveux sur la tête.
On l’appela donc Riquet à la Houppe.
La reine était triste, car elle savait que son fils ne serait jamais beau et qu’il risquait d’être très malheureux.
Heureusement, une fée qui passait par là, se pencha sur le berceau et dit à la reine :
– Rassure-toi. Ton fils n’est pas beau, mais il sera très intelligent. Et le jour où il tombera amoureux d’une jeune fille, je lui donne le pouvoir de la rendre aussi intelligente que lui.
Au même moment, dans le royaume voisin, une autre reine mit au monde une ravissante petite fille. Mais le soir, la même fée apparut et déclara à sa mère :
– Ne te réjouis pas trop. Ta fille est belle, mais elle sera bête comme ses pieds !
– Oh… supplia la reine, très contrariée. Ne pouvez-vous pas lui donner un tout petit peu d’esprit ?
– Non, soupira la fée. En revanche, le jour où elle aimera un garçon, elle aura le pouvoir de le rendre aussi beau qu’elle.
Et pouf ! la fée disparut.
Le temps passa, et les deux enfants grandirent, chacun de leur côté.
Comme la fée l’avait prédit, Riquet à la Houppe devint un garçon très intelligent. À trois ans, il savait déjà lire, écrire et compter jusqu’à mille.
À cinq ans, il inventait de jolis poèmes et racontait des blagues si drôles que malgré sa vilaine allure, tout le monde aimait sa compagnie.
Dans le royaume voisin, la princesse devint de plus en plus belle, mais elle était si bête qu’à l’âge de quinze ans, elle ne savait toujours pas compter jusqu’à dix, ni réciter l’alphabet.
En la voyant, les garçons tombaient amoureux d’elle, hélas, dès qu’elle ouvrait la bouche, ils se moquaient d’elle puis s’en allaient parler avec d’autres filles. Si bien que la pauvrette se retrouvait seule la plupart du temps. Un jour, Riquet alla se promener dans la forêt entre leurs deux royaumes. Il vit la belle princesse en train de pleurer…
– Bonjour ! Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-il. On n’a pas de raison d’être triste quand on est aussi jolie que toi !
– C’est ce que tu crois, lui répondit la princesse. Moi, je préférerais cent fois être laide comme toi, si seulement j’étais moins bête.
– Oh, tu ne l’es pas tant que ça, puisque tu t’en rends compte ! dit Riquet. Ton chagrin me fait de la peine, je peux t’aider si tu veux.
– Comment cela ? s’étonna la belle. Rien ne me changera car je suis plus bête qu’une oie !
– Je crois que je suis amoureux de toi, sourit Riquet. Et, vois-tu, à ma naissance, une fée m’a fait le don de rendre intelligente celle que j’aimerai. Alors promets-moi de me retrouver ici dans un an, pour te marier avec moi, et d’ici là, tu changeras peut-être…
– Promis, dit la princesse en hésitant un peu.
Elle dit adieu à Riquet et rejoignit son château. À son retour, tout le monde fut très surpris car soudain, la jeune fille savait lire, écrire, compter et jouer de la musique à merveille… Et elle disait des choses si sages et si justes que même le roi, son père, se mit à lui demander des conseils pour gouverner le pays. Bientôt, les princes des royaumes voisins défilèrent pour la demander en mariage. Mais la princesse n’arrivait pas à se décider, car aucun ne lui paraissait assez intelligent pour lui tenir compagnie toute la vie.
Un an passa, et la princesse finit par oublier Riquet à la Houppe.
Un jour, alors qu’elle se promenait dans le bois où elle avait rencontré Riquet, elle tomba sur un drôle de spectacle. Dans une clairière, des marmitons s’affairaient autour de grandes tables décorées de fleurs. Ils transportaient des rôtis et de merveilleux gâteaux. Étonnée, la princesse leur demanda :
– Mais qu’est-ce qui se passe ici ?
– Nous préparons le mariage du prince Riquet, répondit un marmiton.
– Ah bon ? dit la princesse.
Et aussitôt, elle devint rouge comme une pivoine, car elle se souvint de la promesse qu’elle avait faite un an plus tôt à ce Riquet à la Houppe.
Au même instant, le prince Riquet arriva, vêtu d’un bel habit.
– Bonjour, lui dit-il. Je vois que tu n’as pas oublié ta promesse.
– Euh… hésita la princesse. C’est que… finalement, je ne suis pas sûre de vouloir t’épouser.
– Et pourquoi donc ? demanda Riquet. Tu ne me trouves pas intelligent ?
– Oh si !
– Gentil ?
– Oh si !
– Drôle ?
– Oui, oui.
– Aimable et bien élevé ?
– Oui ! s’écria la princesse. Mais…
– Je sais, dit Riquet. C’est parce que tu me trouves trop laid !
– Euh… hélas, c’est un peu vrai, soupira la princesse plutôt gênée.
– Bon, dit Riquet, ce n’est pas grave. Car je sais que, si tu m’aimes, une fée t’a donné le pouvoir de me rendre aussi beau que le plus beau des princes !
– C’est vrai ? s’écria la princesse, alors, tant mieux, parce que je crois que je t’aime. Et de tout mon cœur, je souhaite que tu deviennes beau !
À peine la belle avait-elle fini sa phrase, qu’à ses yeux, Riquet à la Houppe devint le plus joli prince du monde. Certains dirent qu’en réalité, la fée n’y était pour rien, que c’est l’amour qui fit oublier à la princesse la bosse et la laideur de son amoureux. C’est peut-être vrai… ce qui est sûr, c’est qu’ils se marièrent et furent très heureux ensemble.

Adaptation : Valérie Chevereau
Illustration : Daneth Khong
Réalisation : Nicolas Blondel
Production audio : Les Disques Pavillon