Les Doreurs de pilule

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Le propos

Sélection d'expressions issues du dictionnaire illustré des métiers imaginaires, « Les Doreurs de pilule » qui confronte plus de trois cents expressions connues de tous en utilisant un procédé unique de détournement : leur transformation dans un nom de métier ou de passe-temps qui aurait existé dans un passé disparu ou fantasmé.

Un buveur de tasse

En cuisine, à l’époque des très riches heures de François Vatel à Versailles, un commis saucier chargé de goûter les préparations liquides, généralement disposées dans des tasses de porcelaine. Une profession qui peut sembler, de prime abord, des plus plaisantes, jusqu’à ce qu’elle provoque la crise de foie ou l’accident cardiovasculaire.

BOIRE LA TASSE

Un creuseur de cervelle

Un neurochirurgien, à une époque où l’investigation cérébrale consistait pour une large part à extraire, le plus profondément possible, des morceaux de matière grise.

SE CREUSER LA CERVELLE

Un glaceur de sang

Panacée fantasmatique, la pratique de la saignée acquiert ses lettres de noblesse aux XVIe et XVIIe siècles. Remède redouté par les âmes fragiles que la vue du sang bouleverse, il fut péjorativement appelé « glaçage de sang », puisque la grande quantité de chaude hémoglobine extraite du corps du malade était recueillie dans un seau où elle croupissait en bouillons froids. Depuis, la médecine considère qu’il existe des méthodes alternatives pour se débarrasser des mauvaises humeurs, sous la forme de pilules aux couleurs chatoyantes.

GLACER LE SANG

Un marcheur à pas de loup

Un chasseur.

MARCHER À PAS DE LOUP

Un mélangeur de pinceaux

Les maîtres flamands, à la tête desquels Jan van Eyck, développèrent et généralisèrent l’usage de la peinture à l’huile à partir du XIVe siècle. À cette époque, parmi les assistants et les apprentis embauchés dans les grands ateliers européens, certains avaient la tâche délicate de mélanger les pigments avec l’huile, et de constituer un éventail de pinceaux appropriés à l’oeuvre en cours de réalisation. On dit que ce fut l’ingéniosité du mélangeur de pinceaux d’Édouard Manet qui, après une soirée fort arrosée au printemps 1862, contribua indirectement à l’une des plus grandes révolutions de l’histoire de la peinture : l’impressionnisme.

SE MELANGER LES PINCEAUX

Un metteur de rate au court-bouillon

Au cœur de ces époques tumultueuses où la guerre était le quotidien des nations, les chances de succomber à un coup d’épée ou un éclat d’obus s’avéraient cependant dix fois moins grandes que celles de trépasser des suites navrantes de la famine. Les cuisiniers militaires n’avaient d’autre choix que de passer à la casserole tout ce qui était à leur portée, y compris ces rongeurs dont les femelles, infusées dans un bouillon de légumes, furent particulièrement prisées par les soldats de la Grande Armée.

SE METTRE LA RATE AU COURT-BOUILLON

Un tamponneur de coquillard

Au Moyen Âge, certains mendiants plus rusés que les autres arboraient sur leurs hardes des coquilles de toutes tailles, qui les faisaient passer pour des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, et leur permettaient de profiter de repas et d’hébergement à l’œil. Devant la recrudescence de cette filouterie mesquine, les autorités décidèrent de délivrer une sorte de passeport officiel, appelé credential, encore utilisé de nos jours. On appela dès lors « tamponneur de coquilles » puis, par dérivation péjorative, « tamponneur de coquillard », l’employé chargé de valider ces permis de pèlerinage.

S’EN TAMPONNER LE COQUILLARD

Un tapeur à l’œil

Les gangs américains du début du XXe siècle étaient largement assujettis, à l’est des États-Unis , aux rejetons de la mafia sicilienne. Un  complexe jeu de manipulation psychologique, de corruption et de chantage leur permettaient de profiter des services gracieux d’hommes de main athlétiques et volontiers disponibles pour aller éclater les arcades sourcilières des factions rivales.

TAPE-Â-L’ŒIL

Un teneur de langue

Nom péjoratif donné aux médecins, aux XVIIIe et XIXe siècles, dont les consultations consistaient surtout dans l’usage immodéré des abaisse-langues.

TENIR SA LANGUE

Un tireur au clair

Avant que les défenseurs des animaux et les écologistes ne viennent mettre leur nez chafouin dans les honnêtes traditions campagnardes, la chasse de nuit était une pratique courante, en particulier pour ce qui est des espèces de gibier d’eau.

L’appellation « tireur au clair », forme raccourcie de « tireur au clair de lune », est attestée de la fin du XVIIIe siècle, et se retrouve notamment chez Lamartine : « Tout à coup des accents inconnus à la terre, Du rivage charmé frappèrent les échos, Et je les vis au loin les doux tireurs au clair, Dégainant leurs appeaux. »(Le lac)

TIRER AU CLAIR

Mathias Daval – auteur

 

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Grand amoureux de la langue française depuis sa naissance en 1977, Mathias Daval a des ancêtres aussi divers qu’un maréchal-ferrant des Vosges, un marchand de bouchons dépressif, un architecte basque franc-maçon, et un premier échevin de la ville de Paris.

En 2004, il crée avec Boris Sirbey « Edysseus », une maison d’édition indépendante qui publie des essais sur des sujets culturels et de société. Il y dirige et coécrit, entre autres : « Tolkien, un autre regard sur la Terre du Milieu » (2005), « Séries TV : pourquoi on est tous fans » (2007), « De la Propriété Littéraire » (2010).

Depuis 2015, il est journaliste culturel pour plusieurs rédactions dont le journal « I/O Gazette », dont il est le cofondateur, ainsi que pour le site TouteLaCulture.com, et membre de l’Association professionnelle de la Critique de Théâtre, Musique et Danse.

Il vit actuellement entre Paris, Barcelone et d’autres dimensions de l’espace-temps plus difficilement accessibles.

 

Philippe Cruyt – illustrateur

 

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Philippe Cruyt, né à Bruxelles en 1962, est illustrateur et jazzman. Il débute sa carrière en 1985 en tant que Art Director dans la pub.
Actuellement, il partage son temps et son énergie entre le cartoon dont profitent des recueils pour enfants, des livres scolaires et la conception publicitaire dans lesquels la bonne humeur est de mise.
La formule qui lui tient à cœur : « un petit cartoon vaut mieux qu’un long discours ».
Dans ses dessins on retrouve une certaine tendresse et on esquisse un petit sourire qui dure plus qu’un instant, le tout avec une délicate touche d’aquarelle.

Crédits et remerciements