La légende de la princesse Énimie

enimie2Dans le royaume de Clotaire II, roi des Francs, tous les jeunes barons en âge de se marier parlent de la princesse Énimie et de son incroyable beauté. Chaque jour, le roi reçoit une demande pour la main de sa fille. Mais la princesse n’est pas seulement resplendissante, elle est aussi d’une grande vertu et ne cesse de repousser ses prétendants.
– Ma fille, tu as l’âge de prendre époux. Cesse de te comporter comme une enfant, lui dit un jour le roi avec lassitude.
– Père, je ne veux consacrer ma vie qu’à Dieu, et me dévouer aux plus démunis. Telle est Sa volonté, vous ne pouvez rien y faire.
– Puisque tu t’entêtes ainsi, je choisirai moi-même ton époux ! s’emporte le roi avant de quitter la pièce.
Énimie fond en larmes. Désespérée, elle invoque le seul qui puisse lui venir en aide.
– Seigneur, aie pitié de moi ! Prends ma beauté, que plus un homme ne s’intéresse à moi.
Épuisée par les sanglots, elle finit par s’endormir. Le lendemain, elle réalise avec stupeur que Dieu l’a exaucée. Son visage est recouvert de plaies immondes et douloureuses. Elle est complètement défigurée par la lèpre.
Les premiers temps, Énimie se réjouit de son sort. Plus personne ne veut l’épouser, elle peut maintenant consacrer sa vie aux pauvres et aux malades. Mais au bout de plusieurs années, devant l’impuissance des meilleurs médecins et le désespoir de ses parents et de son frère, le futur roi Dagobert, elle commence à regretter sa prière.
La douleur est de plus en plus vive, et le chagrin de son entourage ne fait que l’accentuer. Un soir, elle s’agenouille et prie :
– Seigneur, tu as exaucé ma prière la première fois, peut-être m’entendras-tu à nouveau. Je suis rongée par la douleur et le regret. Par pitié, fais disparaître ce mal.
À ces mots, un ange apparaît.
– Mon enfant, trouve la source de Burle dans la province du Gévaudan. Baigne-toi et ta prière sera exaucée.
Le lendemain, son père la fait aussitôt escorter jusqu’au Gévaudan. Après un long voyage, ils trouvent enfin la source. Énimie s’y plonge et, par miracle, toutes ses plaies disparaissent.
– Merci Seigneur ! s’exclame-t-elle avec joie.
Tout le cortège est en liesse. Dès le lendemain, ils reprennent la route pour regagner le château. Mais à peine se sont-ils éloignés qu’Énimie sent le mal la ronger de nouveau. Le cortège rebrousse chemin. Énimie se baigne dans la source et le miracle se reproduit. Ils repartent, mais plus ils s’éloignent, plus la maladie est virulente.
– Ainsi, la volonté de Dieu est que je reste en ces lieux païens pour Le servir, murmure-t-elle, pensive.
La princesse s’installe dans une grotte au creux de la montagne, laissant une grande partie de son escorte regagner le château. Pendant plusieurs années, elle accueille les pèlerins et accomplit des miracles en guérissant les malades au bord de la source. Elle fonde un monastère dont elle est nommée abbesse par l’évêque Ilère de Mende.
Mais le Drac, l’une des incarnations du Diable, voit d’un bien mauvais œil la présence de la sainte. Aussi sort-il régulièrement des gouffres de la montagne pour détruire le bâtiment. Épuisée par ces persécutions et déterminée à chasser le démon définitivement, Énimie demande l’aide de l’évêque Ilère. Ensemble, ils le combattent et le poursuivent à travers la montagne.
La course est effrénée jusqu’à une falaise surplombant le Tarn. Là, à bout de force, Ilère invoque la montagne. C’est alors que d’énormes rochers s’écrasent sur le Drac, l’obligeant à regagner les Enfers, fou de rage.
Aujourd’hui encore, on peut apercevoir le chaos des roches au Pas de Soucy. Un peu plus loin, on peut aussi s’émerveiller devant l’Ermitage, la grotte où, après le combat, sainte Énimie s’est retirée pour finir ses jours.

 

Textes : Aurélie Garnier, TV5.ca
Illustrations : Alexandra Myotte