Hommage aux compagnons de la Libération

(1939-1945)

Focus

Lettre de René Quantin à sa famille

L’adjudant René Quantin commande une section d’infanterie en Tunisie lorsqu’il écrit cette lettre à sa famille. Lettre où se mêlent la ferveur d’un homme qui a fait le choix la France libre, sa piété, son amour exalté de la France et son refus de la haine – qui abaisse –  contre les Allemands. S’y joignent […]

Lettre de René Quantin à sa famille

Lettre d’Henri Fertet à ses parents

Henri Fertet a seize ans lorsqu’il s’engage dans la Résistance armée au sein des Francs-Tireurs et Partisans. Engagé dans plusieurs opérations en Franche-Comté, il est recherché et arrêté plusieurs fois dès juin 1943. Arrêté finalement le 3 juillet, torturé, il est fusillé à la Citadelle de Besançon, le 29 septembre, avec quinze de ses camarades. […]

Lettre d’Henri Fertet à ses parents

Allocution de Jean Marin à la BBC

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Lettre de René Roussey

Lettre de René Roussey

Bande annonce du spectacle « Ami entends-tu »

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Lettre de René Quantin à sa famille

L’adjudant René Quantin commande une section d’infanterie en Tunisie lorsqu’il écrit cette lettre à sa famille. Lettre où se mêlent la ferveur d’un homme qui a fait le choix la France libre, sa piété, son amour exalté de la France et son refus de la haine – qui abaisse –  contre les Allemands. S’y joignent le souvenir des jours heureux auprès de sa famille et son exhortation à mener une vie juste. René Quantin meurt au combat dans la Sarthe, le 10 août 1944, un an après la rédaction de cette lettre.

Tripoli le 15 août 1943.

Ma Chérie, mes chers petits et maman.

Dieu me protège et vos prières près de lui aident à ma protection mais Dieu ne peut pas toujours protéger les mêmes et qui sait, l’avenir est seul juge. Je n’ai jamais eu peur de la mort et dans toutes les circonstances où je l’ai affrontée, je l’ai toujours regardée avec calme. Mais il y a toi ma chérie, il y a vous mes petits, il y a toi maman alors je ne voudrais pas que la mort prenne un papa qui aime ses petits de toutes ses forces. Aussi, j’ai le ferme espoir de voir le jour où nous lirons ensemble cette lettre qui nous fera ressouvenir des mauvais jours mais des derniers. Le jour malheureux de l’armistice, deux devoirs s’imposent  à moi, celui de venir à votre secours et de regagner la France, et celui de continuer la lutte aux côté des alliés et de ceux qui ne voulaient pas s’incliner. Je choisis ce dernier devoir librement sans aucune contrainte, sans signature d’aucun engagement et j’étais de ceux qui à Brazzaville le 28 Août 1940 proclamaient par la force le ralliement du Congo à la France libre. J’étais de ceux qui, au Gabon, se battirent contre des gens qui, ne voulant pas comprendre leur vrai devoir, nous obligeaient à nous battre dans une guerre que je ne qualifiais pas de fratricide car ces gens n’étaient plus des Français. J’étais de ceux qui entrèrent en Syrie les mains tendues vers ceux qu’on croyait des frères d’armes et de liberté mais point de mains ils ne tendirent. J’étais aussi de ceux qui guidés et soutenus par la flamme des combats à Croix de Lorraine combattirent les Italiens au Fezzan et en Tripolitaine et les Allemands en Tunisie. J’étais de ceux qui s’illustrèrent à Mourzouk mais ceux là ne firent point vanité de leurs actions, ils se battirent simplement en vrais Français. Et là, au moment où j’écris cette lettre, notre devoir n’est pas fini, les Français de France, vous mes chéris, vous nous attendez avec impatience, vous attendez de nous votre délivrance. Je souhaite ardemment que ce jour arrive vite. Quelle joie ce sera pour mes camarades et pour moi de fouler à nouveau la terre de France, nous l’aimons tant notre France.

En Tunisie nous avons eu la joie de délivrer des Français qui eux-mêmes étaient fous de bonheur mais combien sera plus grande ma joie quand je pourrai dire, voilà la vraie terre Française. Et alors ce drapeau tricolore que j’ai toujours regardé avec émotion, ce drapeau qui a toujours flotté librement hors de France nous le verrons flotter de nouveau fièrement dans notre pays délivré. Et là bas, j’aurais le droit de regarder quiconque bien en face car mon devoir je l’aurai fait jusqu’au bout, mon simple devoir. Et vois-tu maman, je suis sûr que papa là haut est fier de son fils car il avait, lui, un vrai cœur de Français.
[…]
Et bien oui, maman, oui ma chérie, la cause que j’ai choisi est sacrée. Vous allez me traiter de fanatique, et bien oui et avec tous ceux qui comme moi sont dans les rangs de la France libre.
Il le faut pour supporter toutes ces dures épreuves, il fallait être fanatique pour connaître Bir-Hakeim, les dures épreuves des sables, de la soif, de la fatigue, des combats inégaux.
Les Anglais nous voyant partir pour le Fezzan nous regardaient en hochant la tête, et disaient : Vous êtes des forçats mais des forçats de l’honneur et de [la] délivrance.

Nous avons un but nous le poursuivons sans faiblesse et sans peur.  Ce but sera bientôt atteint ce sera notre récompense.
Ma chérie je te demande d’élever nos petits dans l’amour de notre belle France, parle leur souvent d’elle, fais leur visiter si tu le peux nos belles provinces, fais leur apprendre notre glorieuse histoire, mais ne leur apprends pas la haine contre l’Allemand. La haine est un défaut de faible et de lâche. Un Français doit se sentir fort et supérieur et traiter toute race avec mépris et pitié mais surtout pas avec haine. Fais leur détester le mensonge et l’hypocrisie, fais leur connaitre très jeunes les dangers qui peuvent les attendre dans la vie surtout à Jeanine. Je te demanderai de leur laisser choisir leur carrière.
[…]
Et maintenant mes petits, je vais m’adresser à vous, à votre jugement sain de bons enfants. De par le monde il existe des méchants et des bons. Les méchants cherchent par tous les moyens malhonnêtes à détourner les bons de leur chemin, mais si la justice des hommes est faillible il en existe une autre, c’est celle de Dieu inexorable empreinte de douceur et de fermeté. Alors chacun des méchants sera puni suivant les fautes commises, les bons seront récompensés lors du jugement dernier. Que faut-il faire alors pour ne pas être gagné par les méchants. Mes bons petits, écoutez votre maman elle vous donnera toujours de bons conseils et vous indiquera les personnes bonnes et loyales qui vous guideront dans le droit chemin.
Plus tard choisissez une carrière honnête qui soit de votre goût. Ma petite Jeanine apprends à être une bonne ménagère pour que plus tard tu puisses faire une bonne épouse, enfin aimez très fort votre maman car pour vous elle a beaucoup souffert ne l’abandonnez jamais.
Si plus tard vous êtes en difficultés dans vos projets d’avenir n’hésitez pas à vous adresser au Révérend Père Houchet à la mission catholique de Brazzaville, n’hésitez pas non plus à vous adresser au général de Gaulle, les enfants de ses vieux soldats seront toujours écoutés de lui.

 

(Archives du musée de l’Ordre de la Libération)