La croix d’Agadez

La croix d’Agadez est la plus populaire des croix du Sud. Ces bijoux berbères, portées par les Touaregs dans les déserts sahariens, existent au nombre de 22 : un pour chaque oasis situées sur la route des tribus nomades1. Fabriqués en pierre, en cuivre, en aluminium ou en argent, ils ressemblent soit à une croix (tanaγilt), soit à une sorte de bouclier (talhakim). En tant qu’ornements, ces croix sont suspendues au cou ou fixées la pointe vers le haut au voile des femmes, sur le front.

Symbolique

Leur symbolique est assez vague. Certains lui attribuent une fonction de grigri ou de « réserve de richesse »2. Selon des ethnologues, les pères donneraient le bijou à leurs fils lorsqu’ils seraient en âge de virilité, de mariage et de nomadisme, en leur disant : « Mon fils, je te donne les quatre directions du monde, car on ne sait où tu iras mourir »3. La croix serait ainsi une représentation stylisée de l’étoile du Sud, qui guide les Touaregs tout au long de leurs voyages. On retrouve d’ailleurs cette représentation des quatre points cardinaux chez de nombreux peuples anciens.

Et l’amour dans tout ça…

Selon une légende, un jeune homme, désireux de déclarer sa flamme à l’élue de son cœur, ne savait comment faire car celle-ci était enfermée chez elle. Il eut alors l’idée de faire appel au forgeron du village pour qu’il crée un bijou spécialement pour elle. Il faut savoir que le mot « AMOUR » se dit « T(o)R(a) » en tamanech (langue touarègue) et s’écrit « ⵜⵔ » en alphabet tifinagh. Disposés l’un sous l’autre, les deux signent forment une croix4.

Selon une autre histoire5 (d’amour également… serait-ce la même en plus romancée ?), un couple d’amoureux ne pouvait se marier, n’ayant pas l’accord de leur famille. L’homme, ne supportant pas d’être si proche de son aimée sans pouvoir vivre avec elle, quitta le campement. Il tenta de l’oublier en parcourant de nombreuses régions, mais rien n’y faisait, il pensait toujours à elle. Le cœur lourd, il traça sur le sable un symbole d’alliance entre lui et sa bien-aimée : une croix, représentant l’homme, unie à un cercle, symbolisant la femme. Il décida alors de retourner dans son village pour la revoir. Sur le retour, il demanda à un forgeron de la ville de fabriquer la croix qu’il avait dessinée. Arrivé à son campement natal, il apprit que sa belle allait être mariée. La jeune femme ne pouvant se soustraire à la cérémonie, ils décidèrent de s’aimer malgré tout, mais en cachette. Pour cela, ils établirent un code : chaque fois que l’homme cacherait le bijou dans la calebasse de lait que sa servante apportait à sa maîtresse le matin, ils se retrouveraient le soir même, au coucher du soleil, derrière l’arbre près du puits. Ils purent ainsi s’aimer toute leur vie, en secret…

Symbole de la fertilité ?

Enfin, selon une autre hypothèse, ce symbole serait aussi celui de la fertilité. Effectivement, comment ne pas penser au symbole féminin ? La croix d’Agadez présente de nombreuses similitudes avec le symbole de Vénus, déesse de l’amour et de la beauté dans la mythologie romaine, l’Ânkh, dite croix de vie chez les Égyptiens, les Akwaba (ou Akua-ba), poupées de fertilité ashantis (Ghana) enroulées dans les vêtements des femmes avant leur mariage et pendant toute leur grossesse, ou encore Tanit, déesse d’origine berbère, chargée de veiller à la fertilité, aux naissances et à la croissance.

Croix d’Agadez, déesse Tanit, poupée ashanti Akwaba, croix égyptienne, symbole de Vénus         
Sources

 

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